Intersaison : Rencontre avec Nathalie Péchalat & Fabian Bourzat

Nathalie Péchalat & Fabian Bourzat - © TORCHIO Sébastien

A l’issue d’une saison remarquable, (deux Grand-Prix gagnés, 2èmes de la Finale, médaillés d’or au Championnat d’Europe), et alors qu’ils sont déjà en pleine préparation de la suivante, nous avons retrouvé  les danseurs sur glace Nathalie Péchalat et Fabian Bourzat au « Centre Chorégrafik  Pôle Pik » de Bron (69), juste avant qu’ils ne partent pour des vacances aussi nécessaires que  méritées, pour ensuite rejoindre leurs nouveaux entraîneurs (*) Pasquale Camerlengo et Angelika Krylova à Detroit (Michigan).

Annecy-Infosport : Après une saison de Danse Courte, quelles sont vos impressions sur cette nouvelle épreuve ?

Nathalie : C’est plutôt sympa de mêler les danses imposées à la danse originale car  cela permet de la ré-interpréter. Nous avons eu des débuts un peu tumultueux avec le premier essai sur le thème Amélie Poulain/tango, mais au fur et à mesure que nous l’avons retravaillée, nous avons un peu mieux compris ce qu’on attendait de nous. Je pense qu’à partir du moment où l’on a un projet cohérent, la danse courte est une bonne chose. Mais c’est justement cela qui est difficile, trouver une cohérence, tout ce travail en amont. Pour trouver le bon rythme, avoir une jolie trajectoire, une histoire dans le programme avec les danses latines de l’an prochain, c’est vraiment un énorme travail en amont.

A.I. : Mais c’est un énorme travail que tout le monde n’a pas l’air de fournir, parfois l’impression d’ensemble est assez inégale, hachée…

Nathalie : C’est précisément ce qui est compliqué, avoir une unité, et en même temps fournir ce qu’on attend de nous, en particulier au niveau rythmique. Avoir  une samba pas trop rapide et une rumba pas trop lente, donc avoir un ensemble qui devient un peu plus plat…

A.I : Vous savez ce que les contrôleurs techniques attendent exactement de vous ou vous y allez un peu à tâtons ?

Nathalie : Oui, on sait ce qu’ils attendent de nous mais on interprète largement (sourire). On ne suit pas forcément leurs attentes à la lettre. Il y a un moment où il faut faire un choix. Soit on s’en tient à quelque chose de très scolaire, ce qui signifie qu’au niveau chorégraphique et artistique, plein de choses seront laissées de côté. Ou on interprète et pour le public, ou même le juge, qui va regarder la fluidité du programme, les liens, ce sera beaucoup plus intéressant.

A.I. : L’an dernier en avril,  je vous avais demandé ce qui avait changé pour vous maintenant que vous étiez le premier couple de danse sur glace français et vous m’aviez dit que vous ne pourriez répondre que l’année suivante. Nous y voilà…

Fabian : Depuis le championnat d’Europe et le titre,  nous avons vu une importante amélioration de notre condition, nous avons un soutien financier bien plus conséquent, nous bénéficions des conseils de Didier Gailhaguet, nous avons régulièrement des contacts avec les cadres de la fédération. Donc oui, nous sommes mieux considérés. C’est vrai qu’à Moscou nous étions  un peu isolés, exilés, et à présent les choses se passent mieux. D’après ce que nous avons compris à l’issue de notre récente réunion avec Xavier Sendra (Directeur Technique National),  cet été, lui et Didier Gailhaguet viendront à Détroit. Je pense qu’ils viendront voir l’état des programmes, ce genre de chose. L’avantage pour nous maintenant c’est d’être entraînés par Pasquale Camerlengo. Il parle français, il a travaillé longtemps avec Muriel Boucher-Zazoui, il connaît déjà la fédération française qui, de plus, a déjà envoyé des patineurs en stage chez lui pour leurs chorégraphies, ce sera donc plus simple pour nous de garder le contact.

A.I. : Avez-vous une appréhension particulière par rapport à la vie quotidienne aux Etats-Unis ?

Nathalie : Nous y avons déjà passé dix jours, et c’est l’opposé de la Russie. Là, je ne parle pas de l’entraînement mais des conditions de vie. En Russie il y avait énormément de choses à faire, à voir, c’est un pays culturellement hyper riche et ça se voit.  Mais le confort de vie, niveau habitation, nourriture, était moindre. Detroit, c’est exactement le contraire. On n’y retrouve pas cette effervescence culturelle, en revanche les conditions de vie sont incroyables, nous avons vraiment tout le confort et nous habiterons tout près  de la patinoire. J’ai l’impression que tout est plus facile là-bas,  au niveau administratif aussi. Se sentir bien, épaulés, c’est important pour nous. Les Américains ont un comportement plus accueillant dès le départ. Avec les Russes, c’est plus long à se mettre en place ; une fois que c’est fait, tout va bien,  mais au début, nous avons vraiment ramé… Là, je pense que ça ira plus vite. D’ailleurs, en une semaine on a pu trouver un logement, commencer à s’entraîner, s’occuper de nos visas américains. Bon, en même temps,  nous n’avons quasiment  rien vu de Detroit, nous n’avons vu que la patinoire et l’appartement. La patinoire est vraiment ce qui se fait de mieux, 3 pistes d’entraînement, un kinésithérapeute à disposition, un professeur de danse classique, un professeur  de danse de salon, cinq professeurs sur la glace, l’encadrement est vraiment parfait.

Fabian  : Et à Detroit nous sommes à  1h30/2h de New York par avion, nous ne sommes pas très loin du Chicago non plus, nous sommes à la frontière canadienne. Si nous voulons bouger pour le week-end , nous pourrons  facilement nous déplacer et aller visiter d’autres endroits.

A.I : Vous avez choisi Angelika Krylova  et Pasquale Camerlengo, mais aviez-vous contacté d’autres coaches ?

Nathalie : Lorsque nous avons appris qu’il nous faudrait  quitter la Russie (*), notre premier souci a été de garder un lien avec Oleg (Volkov) et Sasha (Zhulin). Angelika Krylova était souvent venue en Russie pour participer aux shows TV de Sasha. Elle nous avait déjà donné quelques conseils, enseigné quelques trucs.  Quand il a fallu envisager une autre solution, nous avons pensé à elle car Angelika était le moyen de rester en contact avec Sasha, de conserver ce fil rouge, la préparation russe qui nous plaisait. D’ailleurs je pense que nous allons retourner de temps en temps voir Sasha et Oleg.  Pasquale et Angelika s’entendent bien avec eux, tout est en accord,  nus sommes vraiment dans la continuité d’un même projet.

A.I. : Qui a choisi vos programmes de la saison prochaine ? Vous ? Sasha et Oleg ? Pasquale et Angelika ? Tout le monde ?

Fabian : Pour les danses latines, nous n’avons pas eu vraiment le choix, nous avons trouvé les musiques avec Pasquale et Angelika pendant les 10 jours passés aux Etats-Unis. Pour le programme libre, nous avions déjà des idées avant le championnat du Monde, nous avions plusieurs pistes et quand nous sommes arrivés à Detroit, nous les avons proposées à Angelika et Pasquale qui ont tranché.

A.I. : Peut-on déjà parler du thème ou est-ce trop tôt ?

Fabian : C’est encore un petit peu tôt,  oui.

Nathalie : Nous pouvons quand même dire que si nous sommes  en France en ce moment, c’est parce que nous restons fidèles aux mêmes personnes, par exemple notre costumière qui a déjà commencé à travailler sur nos tenues…

A.I. : C’est toujours Marlène Weber donc ?

Nathalie : Oui oui, on ne la lâche pas ! Et je pense que notre chorégraphe sera toujours un chorégraphe français, même si, aux Etats-Unis, nous aurons un suivi avec d’autres professeurs de danse. Mais nous commençons notre travail au sol ici (au Centre Chorégraphik Pôle Pik) pour étudier des choses intéressantes,  ensuite  Pasquale et Angelika feront le lien.

A.I. : Au tout début, pourquoi avoir choisi la danse sur glace plutôt que le couple ou l’individuel ?

Fabian : En fait je n’ai pas eu le choix. Je suis arrivé directement dans un centre de danse et quinze jours après on m’a mis une partenaire dans les pattes – « dans les bras, c’est plus mignon », corrige Nathalie – je me suis tout de suite très bien entendu avec elle et je n’ai pas eu de raison de changer de discipline.

A.I. : Et toi Nathalie, c’était pareil  ?

Nathalie : Non moi j’ai commencé par l’individuel, je faisais des sauts, je vais jusqu’à double flip…

Fabian : Moi je ne fais qu’un saut de valse…

Nathalie : Maintenant l’axel me ferait peur !  Bref… Plus tard, la danse sur glace a fait son apparition en club et l’entraîneur (Anne-Sophie Druet) cherchait une partenaire pour son fils (Julien Deheinzelin). Pendant un an j’ai pratiqué les deux, individuel et danse. Puis j’ai finalement préféré la danse sur glace. C’est plus sympa d’avoir un partenaire, c’est plus riche au niveau de la danse. En individuel, quand on est enfant, surtout du temps des anciens règlements, on passait notre temps à faire prise d’élan, chute ; prise d’élan chute, et c’est vite rébarbatif.

A.I. : Le fait qu’il n’y ait plus de tournée en France, pour vous c’est un manque à gagner, des vacances supplémentaires ou les deux ?

Nathalie : Nous participons à des galas à l’étranger, là par exemple nous sommes allés au Japon et en Corée du Sud. Il y a peut-être un petit manque financier,  mais ce qui nous manque surtout, c’est le contact avec le reste de l’Equipe de France et avec le public. C’était néanmoins très fatigant, les tournées d’un mois nous mangeaient une grosse période. C’était impossible à prévoir,  mais avec la catastrophe de ce printemps au Japon, heureusement qu’il n’y avait pas de tournée après les championnats du Monde,  car tout aurait été décalé, nous aurions pris vraiment beaucoup de retard. Je pense qu’il y en aura une l’année prochaine, du moins je l’espère, mais en attendant nous arrivons quand même à nous débrouiller en passant plus de temps à l’extérieur des frontières.

A.I. : Quand vous êtes en vacances, arrivez-vous à couper complètement, avec le patinage mais aussi entre vous ?

Nathalie : Entre nous, oui. Chaque fois, nous nous disons « on ne s’appelle pas ».  En temps normal c’est le contraire,  on se dit : « on s’appelle », mais là, non. Quand je pars,  je coupe vraiment car sinon je n’arrive pas à décompresser. Si je commence à me demander si les factures ont été envoyées, où en est la musique de notre programme libre… Non, il me faut une vraie coupure. Pour Fabian, c’est un peu différent, cette semaine nous nous occupons de beaucoup de choses mais…

Fabian : Je reste en France cette année, donc c’est moi qui vais devoir gérer ce que nous n’avons pas eu le temps de régler cette semaine, j’aurai deux ou trois choses à faire…

A.I : Ca ne va pas te prendre tout ton temps de vacances non plus ?

Fabian : Ah non, je n’y compte pas ! (rires)

A.I. : Vous retournez au Japon pour des shows après ces vacances ?

Nathalie : Oui, mais seulement pour une semaine. C’est essentiellement par rapport à notre planning, nous n’avons pas envie d’être en retard.  Déjà avec le mois de retard des championnats… En plus nous déménageons, nous allons dans un autre centre d’entraînement donc nous ne pouvons pas tourner longtemps. Nous allons dans des villes au Sud du Japon, donc nous n’aurons pas de souci avec les fuites radioactives de Fukushima.

A.I : Bonnes vacances à tous les deux et à bientôt !

Propos recueillis par Kate B.R. pour Annecy-Infosport le jeudi 26 mai 2011.

(*) En fin de saison, le gouvernement russe, par le biais de sa fédération,  a demandé à ses entraîneurs de ne plus entraîner de patineurs étrangers avant les Jeux Olympiques de Sochi (en 2014), ce qui a obligé Nathalie et Fabian, ainsi que d’autres patineurs, à changer de coach et de pays de résidence.